The Monbusho Diaries

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L’expérience d’un étudiant français installé à Tokyo depuis deux ans. Un blog où il est surtout question de (a) comment obtenir une bourse Monbusho, (b) les gloires et déboires du système universitaire japonais et (c) de petits extras sur le Japon

Nakama, ou l’amitié au sens large

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En japonais comme en français, le vocabulaire de l’amitié est exceptionnellement riche. Mais le français moderne retranscrit avec difficulté la notion de compagnonnage ou camaraderie, le lien fort qui peut exister entre membres d’un même groupe. En japonais, cette idée est omniprésente. Et en plus ils ont un très joli mot pour l’exprimer.

Depuis quelques années un shonen manga à succès, One Piece, est en train de populariser le terme nakama (仲間). Le manga est traduit avec diligence dans de nombreuses langues, mais ce mot bénéficie d’un curieux traitement de faveur : on l’alphabétise mais on ne le traduit pas. Menaçant : “Personne ne touche à mes nakama !”, amical : “Un nakama c’est fait pour ça, non ?” ou plus posé : “Je vois que tu as su t’entourer d’excellents nakama.”, le mot rythme réellement l’action du manga.

Exemple avec la scène ci-dessous, un extrait de l’anime. Au terme d’un interminable combat, Luffy, fringant capitaine d’une petite troupe de pirates, vient enfin à bout de son adversaire. Il lance alors à Nami, talentueuse jeune fille qu’il souhaite recruter dans son équipage, un retentissant “Tu es ma nakama !”.

Le mot recontre depuis quelques années un certain succès semble-t-il puisque tous les forums et communautés de fans en ligne l’emploient généreusement, souvent en lieu et place du mot ami. Sans pour autant entrer dans la mainstream comme a pu le faire le mot kawaii, nakama est l’un des mots japonais en vue du moment. L’ampleur de l’usage fait de ce terme me laisse penser qu’ il permet d’exprimer une idée, un sentiment que la langue française moderne a du mal à évoquer. Il remplit un vide.

Diriez-vous que les Trois Mousquetaires-qui-en-fait-étaient-quatre étaient des amis ? Moi, ce mot ne me convient pas. Ils étaient des compagnons. Des mousquetaires. Des frères d’armes. La valeur de leur relation naissait dans l’esprit de groupe et les difficultés surmontées ensemble. Quelque chose dans les connotations du mot ami manque pour exprimer au plus juste le lien qui unit les Mousquetaires.

On peut ainsi lire dans Wikipédia,

la postérité des Trois Mousquetaires, le Un pour tous ! Tous pour un ! déborde largement le cadre de la littérature. Pour André Roussin, s’adressant aux membres de l’Académie Française en 1980, c’est le mythe de l’amitié entre les hommes qui, sous le double sceau de la loyauté et du courage, deviennent invincibles. [...] L’académicien évoque ensuite le quatuor du tennis français des années 1920, Henri Cochet, Jacques Brugnon, René Lacoste et Jean Borotra, qui incarne par sa jeunesse, l’amitié entre ses membres et son apparente invincibilité un idéal si proche des héros de Dumas qu’ils sont surnommés Les Quatre Mousquetaires.

J’ai choisi le cas des Mousquetaires à dessein, car la nature de leur relation, complexe, à la fois professionnelle et fraternelle, semble échapper à la définition.

C’est là que le mot nakama intervient : il est passe-partout. Il possède un spectre de définitions exceptionnellement large, comme en atteste le dictionnaire Yahoo! en japonais :

Le fait de faire quelque chose ensemble. La personne avec qui l’on fait quelque chose.
Personnes exerçant la même profession.
Personnes ou choses faites du même bois. Tout ce qui est semblable.

Si l’on complète ces résultats avec ceux du dictionnaire japonais-anglais de Yahoo!, on est frappé de voir que nakama nous renvoie aussi bien à l’idée d’ami que de collègue, partenaire, pair, confrère, compagnon, camarade… La liste peut s’allonger. Un collègue de bureau à qui l’on n’a jamais parlé est un nakama ; un rival dans son club sportif est un nakama ; l’ami de longue date avec qui l’on décide de créer une entreprise est un nakama.

Derrière ses multiples connotations, le mot exprime une idée essentielle : être nakama, c’est appartenir à un groupe, réel ou symbolique.

Pour illustrer cela par des exemples tirés de ma vie à l’université :

  • Les autres Français que j’y ai rencontrés sont des nakama. Nous sommes faits du même bois (français).
  • Les membres du club sportif auquel j’étais inscrit l’année dernière sont des nakama. Ce qui nous lie, c’est moins le jeu des atomes crochus que la conscience du temps passé, ensemble, à avancer vers un but commun.

J’aime beaucoup cette idée de nakama. Une fois assimilée elle peut aider l’occidental vivant au Japon à développer un sentiment positif d’appartenance au groupe qui facilite énormément la vie au quotidien. J’aimerais bien voir cette mentalité “nakama” se développer davantage dans l’hexagone.

Pas vous ?

2 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. En effet, le français manque de mots dans ce domaine, et “nakama” est susceptible de pouvoir y être implanté (à l’usage et à la lmongue), au même titre que, dans un autre domaine, “samouraï”. D’autres langues sont, de ce point de vue, mieux lotis. En hongrois, il existe le terme générique “tàrs”, qui signifie aussi bien compagnon/compagne qu’associé ou acolyte ; accolé à un autre substantif, cela donne, par exemple, “sorstàrs” (personne partageant le même destin), “sporttàrs” (qui pratique le même sport), “szaktàrs” (collège, de la profession),
    “bajtàrs” (frère d’armes), elvtàrs (camarade professant la même iodéologie). “Nakama” correspond un peu à “tàrs”. André”

  2. admin

    Aaaah, la magie des langues agglutinantes… :)

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