The Monbusho Diaries

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L’expérience d’un étudiant français installé à Tokyo depuis deux ans. Un blog où il est surtout question de (a) comment obtenir une bourse Monbusho, (b) les gloires et déboires du système universitaire japonais et (c) de petits extras sur le Japon

Les aventures d’un candidat Monbusho, Episode 2 - Trouver un professeur

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Votre superviseur sera l’un des piliers de votre candidature pour une bourse Monbusho. Si c’est un professeur connu, c’est mieux. Si l’université est connue, c’est mieux. Surtout, s’il a vraiment envie de travailler avec vous au Japon, c’est encore mieux. Nombre de superviseurs n’en ont que le nom, et acceptent des étudiants étrangers par devoir ou pour faire plaisir à l’un de leurs collègues. D’autres acceptent de vous recevoir sans réellement comprendre ce que signifie cette bourse et se révèleront de mauvais superviseurs, par manque de temps ou d’investissement personnel.

Bien qu’il soit possible d’obtenir la bourse sans avoir le soutien préalable d’un professeur qui se porte garant du succès de votre séjour académique, je vous conseille fortement d’oublier cette option. Elle est risquée sur le long terme, et à moins d’un miracle vous n’obtiendrez pas la bourse si vous ne pouvez pas, dès la candidature, nommer au moins un prof prêt à vous accueillir en connaissance de cause dans son établissement.

L’objectif est donc simple : il faut vous faire aimer d’un professeur japonais.

Si vous sortez d’un établissement français côté et que certains des professeurs qui vous connaissent peuvent vous recommander auprès de collègues japonais, n’allez pas chercher plus loin : foncez dans cette direction. Si vous pouvez rencontrer, en France, des professeurs japonais dans le cadre d’une conférence, foncez aussi. Ce sont les deux meilleurs moyens de trouver un tuteur.

Maintenant tout n’est pas aussi simple pour tout le monde. Dans mon cas par exemple :

  • J’étais déjà diplômé de l’ESCP-EAP (commerce), et bien que mon réseau d’anciens soit très actif l’administration de l’école elle ne voulait plus bouger le petit doigt pour moi
  • Aucun de mes professeurs n’était en mesure de me recommander auprès d’un collègue japonais
  • Je ne parlais pas japonais
  • Je ne connaissais rien aux codes du monde académique (les écoles de commerce fonctionnent très différemment des universités), et encore moins à ceux du monde académique japonais
  • Malgré tout ce qui précède, je disposais de seulement trois semaines pour obtenir l’accord de principe d’un professeur

A l’époque en 2005, les sites web des universités et de manière générale l’information en anglais sur le monde académique japonais était quasi-inexistante, ce qui heureusement a changé aujourd’hui. Quoi qu’il en soit, voilà comment j’ai procédé :

J’ai contacté les quelques japonais que je connaissais, notamment un ami diplômé de Kyodai, pour leur demander de m’introduire auprès de professeurs “connus et ouverts d’esprit” ou “qui pourraient être intéressés par mon thème de recherche”. J’ai eu quelques pistes, qui n’ont pas abouti

J’ai contacté les anciens de mon école qui étaient parti en accord d’échange dans l’une des deux universités japonaises partenaires de mon école (Chuo à Tokyo, et Kobe) de m’introduire auprès de quelqu’un. L’un d’entre eux, que je connaissais déjà depuis quelques années, m’a mis en contact avec la responsable des étudiants étrangers de l’université de Chuo avec qui il s’était extrêmement bien entendu. Elle m’a trouvé un professeur, qui m’a donné son accord de principe. Il ne parlait pas anglais, n’avait qu’une vague idée de ce que c’était que cette bourse, et semblait aussi perdu que moi. MAIS j’avais trouvé un professeur. Il pouvait se porter garant. C’était une belle sécurité.

J’ai parcouru le web à la recherche de noms et coordonnées de professeurs dont les travaux pouvaient être liés à mon projet de recherche. Je n’en ai pas trouvé beaucoup à l’époque, mais rassurez-vous la situation a changé en trois ans. Une recherche en solitaire sur le web vous donnera de nombreux résultats, notamment si vous utilisez à bon escient les sites des universités. Si vous vous débrouillez déjà en japonais bien sûr, vous aurez beaucoup plus de pistes.

J’ai envoyé des mails à l’aveuglette, une dizaine en tout, espérant recevoir au moins deux réponses dont pourquoi pas une favorable. J’ai reçu deux réponses, un “non” très poli et un autre mail, plus positif, d’un professeur de Todai qui me conseillait de m’adresser à deux de ses collègues, l’un à Sendai, l’autre à l’université de Hitotsubashi à Tokyo. Ce qui était un gros plus, dans la mesure où je pourrais citer son nom dans les premières lignes de mon mail et ainsi passer de “élément étranger soti de nulle part” à “étudiant étranger plus ou moins recommandé par XXX-sensei”.

Et là, miracle. L’un de ces deux profs me renvoie assez vite le mail suivant:

Dear Julien:

Many thanks for your email. I do understand your research passion and plan. I would love to be your supervisor if you can come to Institute of Innovation Research at Hitotsubashi University. I also strongly believe that the institute is the best place to study manga, viedo games, music, and subcultures in Japan. In order to accept you as a visiting student, you have to pass MEXT scholarship. If you pass the exam, let me know, I will proceed your application.
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Ca y est, j’avais trouvé mon professeur. Il avait suffi d’un échange, mais le ton de son email ne me laissait aucun doute sur la sincérité de son soutien. Pourtant, mon sujet de recherche était (je l’ai découvert par la suite) plutôt risqué dans le sens où sa crédibilité académique est assez limitée.
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Après seulement cinq jours, j’ai donc été en mesure, dans ma candidature, de nommer deux universités (1. Hitotsubsashi, 2. Chuo) et les noms des superviseurs qui m’y attendaient. Du point de vue de la sélection Monbusho, c’est tout ce dont j’avais besoin. Je n’allais pas être pénalisé par le fait que ces professeurs ne me connaissaient ni d’Eve ni d’Adam, que nous ne nous étions jamais rencontrés, n’avions jamais discuté par téléphone, et n’avions échangé en tout et pour tout qu’un seul petit email.
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Voilà pour les faits.
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Mais pour compléter ce billet, j’aimerais réanalyser, avec le recul, la manière dont j’ai candidaté. Je trouve que j’ai eu une chance hallucinante. Et que, seul face à l’inconnu, j’ai certainement été aussi inconscient que maladroit. Maintenant que je suis capable de me mettre à la place du professeur japonais recevant un premier mail d’un candidat Monbusho, et que je peux replacer la signification de cette bourse dans son contexte japonais, notamment du point de vue du personnel administratif de l’université, je ferais les choses très différemment. Voilà les dix commandements que je suivrais :
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  1. Comprendre le système universitaire japonais. Essayez de vous faire une image mentale la plus précise possible de cet univers. Vous y gagnerez ainsi en empathie, et ce sera certainement perçu.
  2. Connaître la liste des 50 meilleures universités japonaises (beaucoup sont à Tokyo). A la simple évocation du nom d’une université, êtes-vous capable de dire si c’est une université de 1ere, 2eme ou 3eme classe ? Eventuellement, pouvez-vous vous prononcer au cas par cas par département ? Dans mon cas, j’ai appris APRES avoir obtenu la faculté de commerce de mon université était parmi les trois meilleures du pays, ce qui était incroyablement stupide de ma part . La surprise aurait pu être plus mauvaise. Au Japon comme en France, la “marque” compte énormément et l’on ne saurait trop recommander d’obtenir un diplôme du meilleur établissement possible.
  3. Aller sur les sites de chacune de ces universités et y chercher des informations sur TOUS les professeurs de votre spécialité: plutôt que 10 en tous, autant contacter 50 professeurs au total. Vous augmenterez vos chances de tomber sur le bon.
  4. Contacter le responsable des étudiants étrangers de chaque université retenue (en général, tous les chemins mènent à la même personne): c’est l’ultime gatekeeper avec qui vous voulez faire ami-ami. Dans l’immédiat, il peut vous mettre en contact avec un professeur. Par la suite, vous réaliserez que c’est aussi lui qui s’occupe chaque mois de votre bourse. C’est quelqu’un qui comptera non seulement pendant la candidature, mais aussi durant votre séjour.
  5. Chercher à être recommandé à tout prix. Même une recommandation informelle, tacite, pourrie. Ne sortez pas de nulle part, montrez patte blanche.
  6. Trouver un professeur qui parle anglais. Si vous ne parlez pas japonais, c’est hautement recommandable. Si vous parlez japonais, cela vous sera aussi utile : un professeur qui parle anglais est un professeur qui sait interagir avec un occidental et avec qui les relations seront rapidement assez naturelles. Dans les bons établissements, de nombreux profs ont des PhD des meilleures universités américaines. C’est eux que vous voulez comme superviseurs. Votre immersion dans le monde académique japonais sera de toute façon totale, mais en cas de besoin ils seront capables de se mettre à votre place et de comprendre vos doutes et problèmes, ou de pardonner vos erreurs.
  7. Viser les meilleurs établissements. Ils ont les meilleurs professeurs. Les plus gros budgets. Sont plus internationalisés. Implicitement prioritaires pour le financement des bourses. Leur diplôme est plus côté. Surtout, professeurs comme personnel administratif sont tous largement au courant de l’existence de la bourse Monbusho et savent comment celle-ci fonctionne. Ce qui facilite la présentation de votre projet dès le début. Si vous pensez que votre diplôme français ne vous permettra pas de postuler à Todai, prenez votre courage à deux mains et essayez quand même.
  8. Comprendre qui sont vos concurrents du point de vue japonais. En France, vos concurrents sont des Français. Mais pour les japonais, les Européens de l’Ouest dans leur ensemble ne représentent qu’une petite partie de l’effectif étranger total. Vos concurrents sont Chinois et Coréens. Américains et Australiens. Indiens et Bengalis. Russes et Bulgares. Dans mon université, il y a 1 post-grad student français (c’est moi) pour 7 Ouzbèkes (l’Ouzbékistan est un pays stratégique pour l’approvisionnement en matières premières du Japon)… Gardez donc à l’esprit que du point de vue japonais, un Monbusho français, c’est relativement rare. Et, pourquoi pas, apprécié si l’on sait tourner ça à son avantage, d’un point de vue personnel (capital sympathie) comme académique (choix d’un sujet de recherche par rapport auquel c’est un plus d’être Français).
  9. Ne pas être “needy”. Soyez adulte, soyez pro, soyez motivé sans être gnangnan, soyez prudent et respectueux MAIS sûr de vous. Le prof ne vous fait pas une faveur en vous accueillant, au contraire c’est au moins être un jeu gagnant-gagnant. Si par votre premier email, il comprend que vous n’êtes pas un étudiant complètement débile, ignorant sur le Japon, paranoïaque, emmerdant ou excessivement naïf, il considèrera plutôt favorablement votre demande. Objectivement, il n’a pas grand chose à perdre et tout à gagner. Vous pouvez l’aider ponctuellement dans ses recherches en y apportant une perspective européenne. Par votre simple présence, vous exposerez les étudiants de son séminaire à une certaine “altérité” dont bon nombre d’étudiants ignorent tout. Il aura un relatif gain en termes de statut, dans la mesure où un étudiant sera venu de l’autre bout du monde pour étudir en sa compagnie. Les professeurs les plus réputés, et ceux qui comme le mien accueillent régulièrement, depuis de nombreuses années, au moins un ou deux étudiants étrangers n’ont plus grand chose à y gagner dans la mesure où ils sont déjà “blasés” et en fin de carrière ; mais il est fort probable qu’à titre personnel, ils apprécient la présence d’un jeune occidental à leurs côtés. Dans le cas de mon professeur (qui est un spécialiste de l’innovation et de l’entrepreneuriat), sa principale motivation est de favoriser à sa manière l’entente entre le Japon et le reste du monde, en laissant ses étudiants japonais voir nos bons et nos mauvais côtés, et en nous poussant à comprendre ce qui va et ce qui ne va pas dans le Japon moderne.
  10. Envoyer CV (académique) et courte présentation de son projet de recherche dès le premier mail d’introduction.

Voilà pour aujourd’hui. Bien que certains de ces conseils soient très généraux et peut-être déjà cent fois entendus, dans l’ensemble j’espère avoir atteint mon but, qui est de vous aider à vous mettre à la place du professeur qui reçoit votre premier email (que vous l’ayez rencontré en France ou pas, que vous ayez été recommandé par votre établissement ou pas). En sachant où vous mettez les pieds, vous trouverez les mots justes.

Comparez donc mon point de vue à ces intéressants témoignages de boursiers trouvés sur le site de l’Ambassade.

Et ne manquez pas la suite des aventures d’un candidat Monbusho dans mon prochain billet, qui sera consacré à l’examen écrit et oral de l’Ambassade (auquel j’ai échoué).

Pour patienter, voici une petite vidéo de mon professeur en action. Voilà à quoi peut ressembler un cours en fac de commerce au Japon. Même au Japon, les profs ne vont pas vous manger.

7 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien

  1. Dam

    Je suis fan de ton prof. Je comprends rien; à part “dakara..” mais ça semble passionnant ce qu’il raconte, il est charismatique le con.

    Alala ça me donne envie de partir étudier au Japon…si seulement :)

    Sinon, petite question, quel est le pourcentage de candidats Monbusho acceptés qui ne parlent pas japonais?? t’as une idée??

  2. Dam

    Oh et j’oubliais, y-a-t-il un âge limite pour candidater à une bourse Monbusho? disons que si dans 3 ans je souhaite me lancer dans l’aventure, cela reste possible? comment est-ce-perçu par les universités de voir un jeune détenteur d’un master, avec à son actif plusieurs années d’expérience en entreprise, vouloir reprendre les études et faire un doctorat ? Est-ce mal vu?

    merci:)

  3. admin

    On pourra en reparler, mais dans la mesure où l’âge limite est 33 ans, ça me semble jouable.
    Par contre, à la différence d’un MBA qui valorise énormément l’expérience pro, cette bourse semble légèrement privilégier (a) les jeunes encore inexpérimentés (b) les personnes qui ont du potentiel ou un projet académiques, quelle que soit leur spécialité.

    Du point de vue d’une université, le profil que tu décris n’est pas mal vu… dans la mesure où tu peux leur montrer une certaine compétence académique. Je te skyperai les détails sur ce que j’entends par là :)

  4. Lawliet

    Ton blog, en plus d’être bien écrit, contient de l’information de qualité : de l’or en barre !

    Voici mes humbles suggestions :

    -Organiser tes posts en catégories :) Car quelque chose me dit que ce blog grandira, du coup cela deviendra impératif !
    -Parler des deux années précédentes !
    -Illustrer, parce que du texte brut, aussi bon soit-il, est morne. (Cela dit, le professeur Agasa est bien adapté à ce post :P)

    Voila, j’attends la suite ! Gambate, ne ;)

  5. admin

    Merci pour les encouragements, et je prends bonne note de ces suggestions.
    Les années précédentes devraient tout naturellement trouver leur place dans le blog. Et pour les catégories, je vais voir si de petits plugins Wordpress pourraient m’y aider (le squelette de mon thème est malheureusement difficile à manipuler pour le débutant que je suis)…

    Ganbarimasu!

  6. siam

    3ème article que je lis dans ton blog : je suis fan..
    merci, tu m’as motivée à un point !!!
    je me sens toute ragaillardie pour entamer les démarches de cette bourse qui a tout l’air du Graal…
    si je me sens comme ça juste à la 2ème étape de ta description du parcours, qu’est-ce que ça va être quand je vais lire la 3ème partie ? ben je vais voir ça tout de suite !!!

  7. admin

    @SIAM : bonne lecture et tous mes voeux de succes boursier !

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