The Monbusho Diaries

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L’expérience d’un étudiant français installé à Tokyo depuis deux ans. Un blog où il est surtout question de (a) comment obtenir une bourse Monbusho, (b) les gloires et déboires du système universitaire japonais et (c) de petits extras sur le Japon

GTA IV, est-ce que les Japonais vont aimer ?

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GTA IV fait énormément de bruit. Selon le très respecté journal Variety, le dernier opus de la franchise à succès, sorti il y a quelques jours après des retards à répétition, devrait battre un record jusqu’ici détenu par le film Pirates des Caraïbes 3 : celui de la meilleure première semaine de ventes pour un produit culturel en sortie mondiale.

Ce record se situe autour de $400m. C’est énorme. C’est le PIB des Comores.

Economiquement c’est énorme, mais socialement aussi c’est énorme. Le jeu par sa violence fait l’objet d’une vive controverse, sur laquelle Barack Obama s’est prononcé à l’occasion d’un discours de campagne à Indianapolis. C’est énorme : le jeu s’invite dans la campagne présidentielle américaine !

Et au Japon ? Est-ce que GTA est énorme au Japon ?

Il y a plus de vingt ans maintenant, les grands du jeu vidéo japonais ont su entrer et s’imposer sur les marchés occidentaux, faisant du Japon un market-maker dans le milieu - rôle qui perdure aujourd’hui encore. Mais le mouvement inverse n’a jamais vraiment eu lieu. Le jeu vidéo occidental ne se vend pas au Japon. Certains comme Microsoft et sa XBox s’acharnent à essayer de pénétrer ce marché, mais rien n’y fait : les Japonais jouent à des jeux japonais. Les profondes différences de “gaming culture” y sont pour beaucoup. On note ainsi que le jeu d’arcade, genre fondateur de la culture vidéoludique japonaise, est moribond en Occident mais reste un secteur clé au pays du soleil levant. La sortie imminente du très attendu Street Fighter IV devrait le confirmer. On constate aussi que le FPS (First-Person Shooter), genre issu de la culture PC américaine qui n’a cessé de monter en puissance pour devenir la vitrine occidentale du jeu à grand spectacle / grand succès, ne rencontre que peu voire pas d’écho au Japon.

Et pourtant. Dans ce contexte et contre tout attente, GTA est énorme au Japon. Les Japonais ne jouent pas aux jeux occidentaux, mais ils jouent à GTA.

GTA : San Andreas est ainsi le seul jeu occidental à avoir avec une note de 38/40 frôlé la note maximale dans la revue japonaise de référence, Famitsu. Avec plus de 500 000 unités écoulées, les ventes ne furent pas en reste. GTA est aussi le seul jeu non-japonais à pointer (en 76e place) dans l’enquête All Time Top 100 réalisée en 2006 par le même magazine auprès des lecteurs.

La franchise est pourtant dans le collimateur de l’ECOR, l’agence de surveillance / notation des contenus vidéoludiques japonais : elle est notée Z, soit l’équivalent du film X en cinéma français.

Mais elle bénéficie d’un soutien de taille. Dans un récent communiqué de presse, Capcom, l’un des éditeurs clé du marché japonais, a été officiellement désigné pour la promotion / localisation de GTA IV. Ils avaient déjà en tant que partenaire largement contribué au succès des opus précédents.

La version japonaise est attendue courant septembre. C’est tard. Mais tant que le jeu sort. En attendant, voià comment patiente le joueur japonais :


Je me permettrai tout de même de rappeler que le marché de jeu vidéo au japonais a été profondément bouleversé - bien davantage qu’en Europe ou aux Etats-Unis - par le retour de Nintendo. La Wii et la DS n’ont pas seulement laissé les autres consoles loin derrière (les bases d’utilisateurs de la PS3 et de la XBox 360 sont plus faibles qu’ailleurs), elles ont aussi changé en profondeur les habitudes des joueurs en donnant ses lettres de noblesse au casual gaming. Le Japon s’est largement converti aux parties de Wii en famille pendant vingt minutes après le dîner. Aux jeux de mémoire. A des jeux qui demandent peu de temps, peu d’adresse, peu d’investissement. Et surtout, à des jeux dont le contenu est marqué par l’esprit Nintendo : entre autres choses, un refus de la violence.

Dans ce contexte, et vu qu’une éventuelle sortie de GTA IV sur les consoles Nintendo n’est qu’une rumeur pour l’instant peu crédible, on peut douter de la performance du jeu sur le marché japonais. En 2004, Sony régnait sur le marché et imposait une majorité de titre adultes, appréciés des hardcore gamers. En 2008, GTA risque peut-être de faire tâche dans le joli monde bien propre que Nintendo et sa nouvelle armée de “casuals” ont récemment mis en place.

On prend les paris ?

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