Les aventures d’un candidat Monbusho, Episode 1 - Préparatifs

Il n’y a à ma connaissance guère de témoignages racontant dans le détail le fil des évènements qui ont conduit les boursiers Monbusho à obtenir leur ticket pour le Japon. Je vous propose donc aujourd’hui le récit rocambolesque de ma (ou plutôt, de mes) candidatures, et un mot d’encouragement : si un mur paraît infranchissable, cassez-le. S’il est trop épais, faufilez-vous par la petite porte de derrière, celle que personne n’avait remarquée. Et si elle est fermée… attendez un an et revenez à la charge.
Mais lisez plutôt comment ça s’est passé pour moi.
En 2003, alors en première année d’école de commerce à Paris, j’ai remarqué dans un couloir l’affichette de promotion d’un concours d’expression libre sur le Japon, “Générations France-Japon“, qui avec l’appui de nombreux sponsors français et japonais envoyait les lauréats, billet aller-retour et un chèque de 1000 euros en poche, à la découverte du pays du soleil levant. Ca m’a séduit de suite.
Il s’agissait d’envoyer un petit discours de ma composition, sujet absolument libre, sur un aspect à mes yeux remarquable de la culture japonaise. La langue était au choix, français ou japonais. J’ai écrit un texte en français. Je l’ai envoyé. Et j’ai été gentiment recalé. Mais je suis un peu têtu. En deuxième année d’école de commerce, j’ai réenvoyé le même texte. Retouché, repensé, amélioré, mais en définitive le même texte. Cette fois j’ai été invité, avec dix autres candidats, à lire mon discours en public à la Maison du Japon à Paris.
Mon discours a plu. J’ai gagné. Et quelques mois plus tard je prenais l’avion pour Tokyo - malheureusement j’ai choisi le mois d’Août, personne ne m’a prévenu que cette horrible chaleur humide allait me tuer. Le séjour fut au demeurant formidable. Assez pour que je me promette d’y retourner, cette fois pour plus d’un mois.
[Conseil #1 : allez passer au moins un mois au Japon au préalable, pour confirmer que ce pays est bien fait pour vous. J'ai été conquis. D'autres tombent parfois de haut. ]
L’occasion allait se présenter plus tôt que je ne l’aurais pensé. A côté de moi dans l’avion du retour était assis le lauréat japonisant du concours de discours. Heureux hasard, et belle conversation. C’est là que j’ai entendu parler pour la première fois de la bourse Monbusho. On en a parlé des heures. Il avait passé deux ans à Todai quelques années auparavant, et me faisait un récit lumineux de tout ce que cette bourse pouvait m’apporter. J’ai été très vite conquis.
Nous sommes restés en contact. Et je me suis promis de partir moi aussi, un jour, avec une bourse Monbusho.
[Conseil #2 : arrangez-vous pour rencontrer un ancien Monbusho. Si vous n'en connaissez pas, et si vous n'en rencontrez aucun par chance dans un avion, cherchez bien sur Internet, il y a des emails d'anciens qui trainent. ]
Vers le mois d’avril 2005, à quelques mois de la diplomation et résidant alors en Allemagne, je décidai de m’attaquer à mon dossier de candidature. Je n’avais à la base aucune information. Aucun prof de japonais vers qui me tourner. Et un mois pour monter mon dossier. Ca allait être chaud. J’ai fait avec les moyens du bord.
En commençant par un tour d’horizon des connaissances susceptibles de m’aider : un ancien de mon école qui était parti un an en échange à l’université de Chuo ; un Japonais diplômé de Kyodai qui avait vécu un an chez moi quand j’étais en Terminale ; mon nouvel ami, l’ancien Monbusho rencontré dans l’avion ; et deux ou trois autres personnes. C’était finalement beaucoup mieux que je ne l’aurais cru : j’avais quelques bons interlocuteurs.
[Conseil #3 : fouillez bien dans votre mémoire pour faire le tour de tous les appuis possibles et imaginables. Votre ange gardien est peut-être parmi eux. ]
J’ai téléchargé les éléments du dossier sur le site de l’Ambassade. Et là j’ai eu un sacré choc. Le dossier était long, compliqué, à moitié en japonais - que je ne parlais pas. On me demandait un scanner cérébral - ?. Le détail de mon parcours scolaire depuis l’école primaire - ce qui semblait bien fastidieux. Un solide projet d’études et une présentation de mon projet de recherche - je n’en avais pas. Le nom des universités et professeurs qui seraient prêts à m’accueillir - je ne connaissais que Todai de nom et certainement aucun professeur. Cerise sur le gâteau, le tout sentait bon l’hyperbureaucratie : de ce genre de formulaires dont la simple apparence froide et austère (et à moitié en japonais) vous contraint à vérifier non pas deux mais vingt fois que vous avec bien écrit le nom de votre ville en majuscules et que l’année d’obtention de votre première étoile en ski se trouve proprement alignée à deux centimètres et demi de la marge à gauche, pas plus, pas moins.
J’avais un mois pour monter un dossier sérieux. C’était chaud. Et le malaise était renforcé par la distance culturelle que je percevais à la simple vue des documents - qui seraient destinés au comité de sélection de l’ambassade du Japon en France, et indirectement aux décideurs du ministère de l’éducation japonais. Il y a avait quelque chose de déstabilisant dans la manière dont ils étaient rédigés, quelque chose que quiconque accomplissant diverses procédures administratives à l’étranger sans le niveau de compétence culturelle préalable ressent forcément : l’impression que quoi qu’on écrive, on va se planter.
[Conseil #4 : remplissez le dossier avec sérieux sans vous laisser désarmer par son apparence austère. C'est plus facile qu'il n'y paraît.]
Je me suis mis au travail. J’ai perdu un temps fou à procrastiner sur le web pour me rassurer (à ce sujet, jetez un oeil sur mon précédent article). J’ai lu et relu cent fois les mêmes infos. Je n’étais pas très efficace. Mais j’ai à peu près compris quels étaient les éléments qui pouvaient permettre à un dossier de sortir du lot :
- Impeccable dans la forme. Votre plus belle écriture, ou mieux encore : le traitement de texte là où c’est possible. Vous ne savez pas combien de japonais vont lire ce dossier. Facilitez-en leur au maximum la compréhension. Les Japonais, même excellents francophones, sont souvent moins à l’aise avec l’alphabet que l’on se l’imagine : ils auront plus de mal à déchiffrer certaines écritures que nous, qui sommes mentalement habitués à inférer le sens de n’importe quel texte, même le plus illisible.
- Aucune rature. Recommencez la page s’il y a le moindre accroc. Pas de blanc. Pas de gomme. Pas de barrés. La forme compte.
- Complet à 110%. Plus de détails valent mieux que pas assez. Si ça vous révolte de raconter votre école primaire parce que vous n’en voyez pas l’intérêt, ravalez votre fierté et faites-le.
- Un vrai projet de recherche. Pas une demi-page écrite à l’arrache. Si vous ne savez pas comment faire, acheter un livre d’initiation à l’écriture académique. Dans tous les cas, faites-le vérifier par un professeur. Ca prendra du temps, mais c’est un facteur de différentiation fort. D’autant plus si vous arrivez jusqu’aux entretiens : les examinateurs sont exigeants, et un projet qui ne tient pas la route a des chances d’être laminé. Passez-y au grand minimum 10 heures. 50 heures, c’est mieux : vous aurez une vraie démarche et une biblio qui tient la route. Vous candidatez pour une bourse de deux ans : réfléchissez à ça et demandez-vous si 50 heures c’est cher payé (la réponse est non).
- Une promesse ferme auprès d’au moins un professeur, dans au moins un établissement. Vous pouvez lire sur plusieurs forums que “le choix du tuteur est l’élément le plus important du dossier”. C’est vrai je pense. Bien que le dossier de candidature soit relativement vague sur le sujet, ne vous-y méprenez pas. Les candidats qui partent sont des candidats attendus au Japon. Ceux qui partent malgré l’absence de tuteur (le gouvernement japonais en désignera alors un d’office) sont une petite minorité de chanceux.
Vous me direz désabusés, “TOUT est important donc”. Ben oui. Je reviendrai sur la valeur actuelle en Euros d’une bourse Monbusho dans un prochain post. Mais c’est réellement, réellement, beaucoup d’argent. Ne perdez pas ça de vue. Ca doit se mériter. C’est la moindre des choses de leur envoyer un dossier parfait.
Il y a une grosse vingtaine de bourses disponibles chaque année. Les candidats sont nombreux, car la Monbusho est la plus connue des bourses d’études japonaises. Une (très) optimiste loi de Pareto me ferait dire que vous avez des chances d’être meilleurs que 80% d’entre eux. Les 20% restants seront des brutes. C’est eux que vous devez battre. Ca ne sert à rien d’être le dernier des meilleurs, et de rater la bourse à une place.
[Conseil #5 : donnez 110% de ce qui est demandé pour assurer. La sélection EST rude.]
- bon, il est très très tard maintenant et je me lève tôt demain. L’épisode 2 des aventures d’un candidat Monbusho sera bientôt disponible et sera consacré à la recherche d’un superviseur au Japon.
Oyasumi.




7 Commentaires, Commentaire ou Rétrolien
Dam
Wow..
Ca fait peur
A l’époque j’aurais du me renseigner voir si il y avait pas l’équivalence, mais pour Taiwan… Bah j’étais jeune et n’avait aucune idée des richesses de l’Asie…
Chapeau Julien pour l’avoir obtenue
dam
6 mai, 2008
bcg
Super! Ça sera très utile pour les futurs candidats! Et comme je te l’ai dit, le Wiki a été mis à jour:
http://france-japon.net/wiki/index.php?title=Bourses_d‘étude_au_Japon
6 mai, 2008
bcg
Désolé pour le lien qui a été bouffé…
Le revoilà, en espérant que ça marche cette fois-ci:
http://france-japon.net/wiki/index.php?title=Bourses_d%27%C3%A9tude_au_Japon
6 mai, 2008
admin
… et ce n’est que le début !
Merci pour le lien.
6 mai, 2008
Jojo
Julien, merci de ton blog et tes precieuses informations.
j’ai une question concernant la lettre de recommandation :
Sachant que je bosse depuis 2 ans, il me semble difficile de demander une lettre de recommandation a mes anciens professeurs de mon ancienne ecole, encore plus difficile de demander a mon employeur (parce que jusqu’a ce que j’ai une bourse je compte continuer a ce poste), et pas evident de demander a un futur professeur qui ne me connait presque pas.
Que me conseillerais-tu ?
merci d’avance
25 fév, 2009
admin
@ Jojo :
La seule recommandation qui vale, c’est celle d’un professeur japonais. Elle est d’ailleurs necessaire (mais non suffisante) si tu veux avoir une chance d’obtenir la bourse. Naturellement, ce n’est pas evident de demander a un futur professeur qui ne te connait pas… mais c’est cependant je pense ta seule option.
J’evoque la question en detail dans cet autre billet :
http://monbushodiaries.fr/2008/09/16/les-aventures-dun-candidat-monbusho-episode-4-recommandation-directe-par-universite/
Voile ce que je ferais a ta place :
1. preparer un bon projet de recherche
2. ecumer les sites web des universites (si tu ne parles pas japonais, surfe sur la version anglaise du site ou bien traduis les pages avec un traducteur automatique) pour trouver des professeurs qui pourraient etre interesses par ton projet
3. y aller au culot et pitcher ton projet en esperant que quelqu’un se prenne d’affection pour toi
Apres c’est a toi de bien organiser ton operation seduction. Lis bien le reste du blog, il y a d’autres infos qui pourraient t’etre utiles. Je croise les doigts pour toi !
25 fév, 2009
Jojo
oui j’avais lu aussi l’episode 4 mais je trouvais ca bizarre de demander au futur professeur la “recommandation form” parce que quand meme ils posent des questions sur “applicant’s personal character” “degree of confidence”…
Mais bon tu as raison je crois que la seule solution est de trouver un gentil ange gardien…
tu avais demande une lettre a ton employeur toi ? si non, est-ce qu’on t’avait demande pourquoi ? (si j’ai bien compris comme moi tu travaillais quand tu as postule)
25 fév, 2009
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